Notenki Memoirs : Le studio Gainax et les hommes qui ont créé Evangelion

22 mars 2008 par Tetho

Notenki

Déjà évoqué il y a un moment , , et (mais nul part en français apparemment, je comble donc ce vide).

Takeda Yasuhiro est un membre fondateur de la Gainax et y est resté depuis la création du studio ou presque. Si il n’est pas aussi connu que Anno Hideaki ou Yamaga Hiroyuki, il reste un témoin de premier plan qui a vécu toute l’histoire du studio, et c’est ce qu’il a raconté dans cette autobiographie.


La première chose qui frappe en arrivant à la dernière page du livre est que même après avoir tout lu on est bien incapable de dire ce que Takeda a fait à la Gainax, il n’a pas activement participé à la réalisation d’anime ou de jeu, il n’a pas pris de décision importante pour l’avenir du studio et même en producteur son implication semble limitée… Il faut attendre l’interview croisée de Yamaga, Akai et Anno pour entrevoir son rôle, il serait une sorte de “joker” du studio, servant d’homme à tout faire selon les tâches ingrates à effectuer, Yagama va même jusqu’à dire que personne ne s’excuse aussi bien que lui. Mais les 3 reconnaissent néanmoins son talent, Anno l’appelant même l’arme secrète de la Gainax, “Si Takeda ne peut pas vous aider, c’est que rien ne peut être fait.“.

Retour en 1976, Takeda intègre le département d’ingénierie nucléaire de l’université privée de Kinki, comme tous les gens de sa génération son enfance a été marquée par les premiers pas de l’homme sur la Lune en 69, mais aussi par l’exposition universelle d’Osaka l’année suivante où le pavillon US exposait des roches lunaires. Ajouté à un fort intérêt pour la science-fiction, a ses yeux il n’y avait pas de doutes, la SF était l’avenir et l’avenir appartenait à la SF. A cette époque les mots otaku, moe ou cosplay n’existaient pas, le comiket avait lieu trois fois par an et avait un nombre de participant à trois chiffres et Gundam n’étaient même pas encore un projet dans la tête de Tomino. Tout restait à faire, tout restait à inventer dans le milieu de la sous-culture moderne, et c’est ce à quoi Takeda va participer.

A la fac il va intégrer le club (officieux) de SF et de fil en aiguille va se retrouver à organiser des conventions dont les célèbres Daicon III et IV, à cette occasion il rencontre ce qui sera le cœur de la future Gainax. Entre les deux conventions il participera à la création du magasin General Products, futur instigateur du Wonder Festival, participera au sein de Daicon Film à la création de films amateurs comme Kaiketsu Notenki (d’où il tirera son surnom et le titre de ce livre), Kaetekitta Ultraman ou Aikoku Sentai Dainippon… Bien sûr en participant à tout ça il n’aura pas le temps de travailler et redoublera 6 fois sa 1ere année avant de lâcher la fac, mais il a déjà trouvé sa voie.

Puis après le succès de la convention certains membres approcheront Bandai pour créer un anime professionnellement, Oritsu Uchûgun Honneamise no Tsubasa, pour lequel une société de production sera crée, la Gainax. Le reste appartient à l’histoire…

Le livre se divise en deux parties, la première (83 pages) raconte la vie de Takeda avant qu’il parte rejoindre la Gainax à Tôkyô. C’est sûrement la plus intéressante, il y raconte le fandom SF/anime japonais de la fin des 70’, début des 80’, la passion qui l’habitait, cette sensation que tout était possible. Cette partie est riche en détail tant Takeda s’étale sur les nombreux projet qu’il a touché.
La seconde partie (56 pages) parle de la Gainax jusqu’à Evangelion. Les gros projets sont très vite traités (Nadia n’a que 2 pages et demis de dédiée par exemple), mais au milieu de tout ça on peut grappiller des infos sur des œuvres moins connues ou bien sur des projets abandonnés. C’est une section bien plus concise et qui contient plus d’anecdotes que de détails sur les productions des gros succès du studio. C’est une déception claire tant il y avait a dire, surtout sur Evangelion (c’est là qu’on se rend compte à quel point le titre du livre est bassement racoleur), mais les anecdotes présentes sont précieuses et Takeda dissipe au passage des lieux commun très persistant (comme par exemple le fait que Honneamise fut un échec à l’époque).
On trouvera en plus 2 lexiques très riches, un des termes utilisés et un des noms, vers lesquels le texte renvoie souvent, deux marques pages ne seront donc pas de trop pour s’y retrouver. Sont aussi présent un compte rendu de la 40eme convention annuelle de SF japonaise dont Takeda a supervisé la préparation et une interview croisée entre Yamaga, Akai et Anno qui éclaire pas mal sur l’auteur.

En fait ce qui transparaît le plus sur la Gainax au long de ce livre est l’aspect de fan de ses membres. Ils ont toujours été rapides à réagir et savaient ce qu’il fallait faire pour plaire à leur public, mais il leur a toujours manqué (tout du moins jusqu’à l’affaire de fraude fiscale) une gestion solide et une direction efficace, dans un sens ils étaient restés amateurs même une fois passés pros.

Au final le Notenki Memoirs n’est ni la référence sur Evangelion qui expliquera le sens caché de la fin, ni le compte rendus de production détaillé que certaines personnes mal informées on cru y voir. Mais c’est une lecture très intéressante pour ceux qui cherchent à dépasser la simple analyse de l’œuvre et veulent avoir des détails des coulisses du fonctionnement d’un studio comme la Gainax. Mais en réalité le vrai intérêt de ce livre est le portrait qu’il fait d’une génération de fans, de ce qui les motivaient et de ce qu’ils ont pu accomplir.

On notera quand même quelques contradictions, comme l’article “Gundam n’est pas de la SF” qui est annoncé publié dans 2 magazines différents (l’article a en réalité bien été publié dans le OUT Magazine) ou bien des erreurs factuelles, tel qu’un acharnement a vouloir donner à la Gainax le crédit de Seikai no Monshô et celui de son chara-design à Takami Akai (la série a été réalisé par la Sunrise et Watanabe Keisuke en a réalisé le chara-design). La traduction semble plutôt bonne malgré quelques inconstances, en particulier au niveau des titres des animes, sûrement du aux différents traducteurs (ainsi Top wo Nerae ! apparaît soit sous son nom japonais, soit sous le nom de Gunbuster).

Le livre fut publié en 2005 aux USA par ADV et ne semble pas y avoir rencontré un grand succès (mon exemplaire acheté en février 2008 est du premier tirage), et qui plus est, suite aux ennuis rencontré par la boite en ce moment, ils sont déstocké pour pas grand chose sur Amazon, le faible coût du dollars aidant. Donc si vous êtes intéressé c’est le moment d’en profiter, qui sait si il en restera bientôt…

Notenki Memoirs est © Yasuhiro Takeda / Wani Books / ADV Manga

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