Xenoglossia : iDOLM@STER, spin-off !

24 juin 2008 par Tetho

Les spin-off sont des choses étranges, si la plupart du temps il servent a donner a des personnages populaires leur propre série (comme avec les Schtroumpf, Komugi, Angel…), à étoffer un univers (l’EU de Star Wars, les OVA de Gundam UC…), transporter un concept ou des personages dans un autre contexte (Evangelion : Kôtetsu no Girlfriend the 2nd, Marvel 1602…) voir permettre des uchronies (Code Geass : Nightmare of Nunnally…). Mais parfois ça a tellement peu de rapport qu’on en est presque à se demander le lien, et c’est le cas dans la série qui nous intéresse ici, car si THE iDOLM@STER était un jeu vidéo où il fallait gérer la carrière d’une idol, iDOLM@STER Xenoglissa est un anime de… robot. Si si.

V, V, V, Victory

A l’origine donc THE iDOLM@STER est un jeu d’arcade de Bandai-Namco permettant au joueur de devenir le manager d’une idol tout le long de sa carrière. Très orienté otaku, le jeu fut ensuite porté sur Xbox360 avec divers améliorations comme une idol de plus, des chansons en plus, ou encore la possibilité d’acheter du contenus en ligne. Un deuxième volet, THE iDOLM@STER : Live For You est même sorti au début de l’année avec en bonus une OVA. Mais alors que le concept du jeu offrait la possibilité de faire facilement un anime sur ce sujet, calibré pour marcher à fond et vendre moult CD et goods, l’annonce fin 2006 de la Sunrise que la future série TV serait un anime de robot a surpris plus d’un fan.

Le pitch de la série en trois lignes : Haruka Amami est une jeune fille vivant à la campagne japonaise et qui a réussit à passer une audition pour réaliser son rêve et devenir idol. Mais une fois arrivée à Tôkyô elle se rend compte qu’elle a en réalité été choisie comme pilote (master) d’iDOL, un robot géant dont le rôle est de détruire les astéroïdes qui menacent la terre. Elle se rendra compte aussi petit à petit que les iDOLs et surtout Mondenkind, l’organisation qui les utilise, cachent beaucoup de choses…

 
“Mon robot est assorti à la couleur de mes rubans !”

Le moins qu’on puisse dire est que sur le papier cette série a vraiment de quoi faire fuir, elle est réalisée par l’équipe qui s’est occupée du catastrophique Mai-HiME puis du pathétique Mai-Otome (et de ses suites). De plus les premiers épisodes ne sont pas très entraînant sur le plans scénaristique, et on se retrouve devant un mix de Stratos 4 et Sakura Taisen (deux références pas si désagréable dans l’absolut) avec une touche de… donc Mai-HiME (encore) et d’ iDOLM@STER (car il en faut bien). Mais en fait, on se rends compte assez vite que cette impression est très trompeuse; les héroïnes n’auront pas de double rôle actrice/pilotes qui les aurait fait passer pour un ersatz pâlichon du Teikoku Kagekidan, et avec l’arrivée de certains mystères on finit même par tendre de plus en plus vers Evangelion (ce qui n’est pas forcément un mieux car si une série a été copiée au possible c’est bien Eva). Mais surtout on se rend compte que la série est bien réalisée, dotée de personnages crédibles et dont les relations entre eux se tiennent - ça parait tout simple et pourtant toutes les séries ne peuvent y prétendre. Cerise sur le gateau, les passages en robot sont bien faits, on se surprend même parfois a repérer des hommages à GunBuster ou Giant Robo, et malgré quelques faiblesses du scénario la série se laisse suivre sans déplaisir.

 
 Coach !

En fait en y regardant bien le lien entre le jeu original et Xenoglossia est mince. Certes les 10 idols du jeu sont bien là (seul manque à l’appel la 11eme idol, Miki, le personnage exclusif à la version Xbox, remplacé par R.I.F.F.A), mais le chara-design a été refait en mieux, le background des héroïne a été profondément modifié (certaines changeant même d‘âge), leur caractère n’a plus rien à voire et même leurs seiyû changent ! Au final sur les dix seuls deux sont vraiment idols, mais pas vraiment de la même manière que dans le jeu (Yayoi est une actrice et Ami une pianiste). On notera quand même que le thème de la musique reste très présent mais en filigrane, pas mal de vocabulaire de l’industrie musical est utilisé, tel que manager (pour la responsable de l’équipe des pilotes) ou harmoniques (le rapport entre l’iDOL et son master). D’autres détails rappellent aussi le thème d’origine de la licence, comme le fait que les postes des opérateurs soient des tables de mixages, ou la synchronisation robot-pilote qui se fait grâce à un simili-clavier et une sorte de harpe. Mais il est vrais que c’est tellement léger que l’on arrive a se demander comment les deux œuvres peuvent avoir le même titre (en fait elle ne l’ont même pas, il manque le the au titre de l’anime qui en plus est écrit en katakana alors que celui du jeu est écrit en toutes lettres).Le scénario de la série est fort classique, l’héroïne arrive à Tôkyô, est nommée pilote, se lie d’amitié avec ses camarades puis les vrais épreuves arrivent. La série pioche allègrement dans les idées d’Evangelion mais a le bon goût de ne pas avoir la pédanterie d’essayer de révolutionner le genre. En fait la série est même assez chargée en trous scénaristiques, le Japon n’a pas le doit de posséder des missiles balistiques mais peut avoir des robots infiniment plus dangereux ; plusieurs fois tous les iDOLS sont déplacés hors du Japon, le laissant alors a la merci des météorites, même vers la fin la vraie nature de l’incident où la lune a explosée n’est pas expliqué… Mais en fait ce n’est pas si grave, Xenoglossia n’est pas un anime qui se suit avant tout pour son scénario bateau, en réalité le moteur qui fait avancer la série est autre.

  
Rencard à la plage, ou l’ocasion de refaire La belle et la bête

C’est en fait des personnages (soit les idols vu qu’elles trustent tous les rôles principaux) que viendra le principal intérêt de la série, ils sont tous dans l’ensemble attachants, très loin de leurs versions du jeu, ainsi Chihaya passe de la fille mature du groupe a une sorte de psychopathe monomaniaque rivale de l’héroïne. La série prend du temps pour les poser puis les développer, leur donnant un vrai relief et assurant mêmes à celles qui ont un rôle secondaire un minimum de temps d’écran et assez d’interactions avec les autres. C’est d’ailleurs de là que certaines des plus grosses surprises de la série viendront, certains personnages cachent de gros secrets ou bien évolueront d’une manière inattendue. Les personnages crées pour l’anime étant en majorité des opérateurs ou techniciens ils sont eux plutôt plats, mais on notera quand même le charismatique Joseph Shingetsu dont le flegme so british va jusqu’à la maîtrise du Noble Art; par contre coté méchants R.I.F.F.A et Karasu sont eux plutôt quelconques (même si la goth loli est quelque peu amusante).

Si les personnages réussissent a porter la série malgré les faiblesses du scénario c’est simplement que le thème central de cette dernière est les rapports de chacun avec les autres. La nécessité du contact avec autrui, les différents visages que l’on peut aborder en public, comment on peut finir par se blesser en fréquentant les autres… Certes ça a déjà été fait ailleurs (Evangelion, encore une fois), mais c’est quand même bien traité, ce qui est agréable.

 
 Les techniciens, ou les héros de l’ombre

Les robots de leur coté ne sont pas vraiment esthétiques, mais ce design massif à ses charmes, surtout que pour une bonne partie de la série les iDOLs n’utiliseront que leurs poings pour se battre (certes aidé par leur contrôle de la gravité). Cela donne des combats très basiques mais bien bourrins à coup de gravity punch qui rendent très bien grâce a une mise en scène vraiment adaptée. La caméra a toujours une certaine distance avec les robots, ce qui rend à la fois leurs aspect massifs mais aussi permet une action très lisible. Plus tard une fois le temps du sacro-saint upgrade de mi-série venu, des nouvelles armes feront leur apparition tout comme des unités de mass prod, mais si les premières varieront un peu les combats, les secondes ne feront que de la figuration et ne poseront aucune difficulté à se faire exploser par paquets de 50. Mais la véritable bonne idée des iDOLs dans Xenoglossia est leur traitement, car non seulement chaque iDOL est un robot doté d’une conscience propre et capable d’agir comme il le souhaite dans certaines conditions, mais la relations qu’ils développe avec leurs masters est très importante. La plupart des iDOLs développeront avec leurs pilotes une relation plus ou moins romantique qui va du flirt au véritable amour, rapidement Haruka considérera Imber comme bien plus qu’un simple partenaire et plus la série avancera et plus ils se rapprocheront. Cette relation n’est pas sans rappeler celle entre Rei Fukai et le Yukikaze dans les OVA éponymes, mais là c’est encore plus poussé car jamais Imber ne donnera une réponse clairement intelligible en japonais à Haruka. Cette relation un peu étonnante apporte quelque chose de frais à la série et c’est via elle qu’elle réussit même a avoir la touche d’originalité qui la distinguera du lot. Sachant que la Xenoglossie désigne la capacité a parler sans efforts une langue que l’on n’a jamais appris, on tient ici l’origine du titre de la série, l’homme et la machine réussissent à communiquer et à échanger des sentiments malgré la barrière, on retombe ainsi sur le thème des rapport avec les autres de manière inattendue.

  
Cut-in à la Super Robot Taisen !

La réalisation de la série, elle, est digne de la Sunrise, les premiers épisodes sont réussis sur tous les plans, puis ça fluctue beaucoup jusqu’a la fin où tout d’un coup la qualité remonte de manière significative. Dans l’absolu la série est visuellement plutôt réussie, sans réellement non plus être exceptionnel, les décors sont détaillés, les personnages correctement animés et avec un design constant, rien à signaler. Par contre coté robots c’est plus inégal, si une bonne partie de leurs scènes sont bien en animation traditionnelle, parfois et sans raisons apparente on passe à de la 3D. Ayant toujours préféré les robots qui se défoncent la tronche en 2D ce fut une petite déception, mais les gros combats restants en 2D ce n’est finalement pas si grave.
Niveau musique les compositions de Saito Tsuneyoshi (Dennô Coil, Yami no Matsuei, Fafner…) accompagnent correctement sans pour autant ressortir ou rester en tête. Par contre une surprise viendra des chansons car aucune de celles du jeu n’a été gardé (histoire d’achever les fans déjà dépités) adieu donc Go My Way!! ou la chanson du petit déjeuner, on aura donc a la place deux génériques de début et un de fin qui ne seront même pas chantés par les héroïnes. Le premier générique, Binetsu S.O.S!! par Hashimoto Miyuki semble tout droit provenir de la tendance actuel de la Sunrise de nous faire souffrir les tympans (tout comme avec Code Geass), ça s’améliore avec le second, Zankoku yo Kibô to Nare par Yuki Aira, chanson plus mélancolique qui accompagne le virage plus sombre que prend la série dans sa 2eme partie, quant au générique de fin, Yûkyû no Tabibito~Dear boy~ par Snow*, il a plus une ambiance fantasy, mais remplis bien son office. A noter d’ailleurs que des fans du jeu ont créé quelques montages pour mettre des chansons du jeu dans l’anime, à l’image de ceux où les idols du jeu chantent des chansons n’y figurant pas.

  
De la baston bien bourrine comme on l’aime

Au final Xenoglossia est donc un anime de robot fort honnête mais dont on peut clairement se demander à qui il se destine. Les fans de THE iDOLM@STER l’ont boudé car ils ne retrouvent rien du jeu qu’ils aiment, voire pire ils se sentirent trahis par le traitement de certains de leurs persos fétiches, quand aux fans d’animes de robots eux ils ne se sont pas sentis attirés par un anime tiré d’un jeu moe-kawaii qui n’a rien a voire avec ce qui fait une bonne série du genre (moi même j’avais esquivé cette série et ne m’y serait pas intéressé sans les conseil d’un anonyme sur un chan IRC anglophone), alors qu’en fait elle pourrait plaire aux deux si tant est qu’ils tachent de mettre leurs à-priori de coté. Le fait qu’elle fut diffusée en même temps que Tengen-Toppa Gurren-Lagann a certe aidé à la marginaliser puisque face à l’anime du siècle elle ne fait clairement pas le poid. Mais c’est quand même une série qui mérite qu’on lui (re)donne sa chance, car même si elle ne bouleversera pas le genre, elle s’impose comme une bonne surprise a de quoi faire passer de bons moments à pas mal de monde.

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